Discussion : La cardiologie interventionnelle met les infirmières du cathlab sous pression
Ci-dessous, un article de Vincent Bargoin, sur le site "the heart - version française". Qu'en pensez-vous ?
Les meilleures « guidelines » du monde ne vaudront jamais que par leur mise en œuvre. Et l'intendance pourrait bien ne plus suivre très longtemps. Le malaise professionnel des infirmières, infirmiers et techniciens hospitaliers, est sensible depuis quelques années. Mais c'est aujourd'hui de « burn-out » que l'on parle, comme en témoigne le titre d'une communication de Mireille Huchard (ICPS, Massy), lors d'une session d'EuroPCR consacrée aux infirmières et techniciens des salles de cathétérisme.
« On ne dispose d'aucun chiffre, puisque le syndrome d'épuisement professionnel n'est justement pas reconnu en France comme maladie professionnelle », souligne Mireille Huchard — au contraire du Japon, où l'on n'a pas coutume de tirer au flanc, et où le karoshi (décès brutal par épuisement professionnel) est indemnisé.
On doit donc s'en tenir aux témoignages. Mais ceux-ci sont bien là, et notamment dans les services de cardiologie interventionnelle.
Patients difficiles, technologie contraignante, études envahissantes
« On parle souvent des infirmières en unité de réanimation ou de soins palliatifs », indique encore Mireille Huchard. Mais la salle de cathétérisme est plus stressante encore. Les patients sont douloureux, très stressés et beaucoup plus exigeants que la moyenne. Ils sont en outre introduits dans un univers de forte technicité, très déstabilisant : il ne faut pas perdre de vue qu'habituellement, c'est le soignant qui se rend au lit du malade, et non le malade qui est conduit au soignant. Enfin, ces patients très instables doivent subir un conditionnement complet dans un laps de temps de 5 minutes. »
« Nous avons appris que le temps, c'est du muscle », souligne Emilie Yegikian (ICPS, Massy). « Mais il y a une contradiction avec l'inflation technologique, elle même fortement consommatrice de temps. » Résultat, les conditions de prise en charge des patients « tendent à se dégrader. »
On pourrait a priori penser que la situation n'est pas très différente aux urgences. « Elles aussi sont extrêmement dynamiques » note encore Emilie Yegikian. « Mais au moins n'y subit-on pas la charge des très nombreuses études que l'industrie finance en cardiologie interventionnelle. »
On quitte plus souvent une équipe en raison d'un manque de reconnaissance que pour des motifs financiers
Un symptôme de la pression subie par le personnel est son turn-over, évidemment préjudiciable à la cohésion de l'équipe. « Du fait de la spécialisation requise en cardiologie interventionnelle, le turn-over reste inférieur à ce que l'on constate dans d'autres services, indique Emilie Yegikian. Mais il tend à s'accélérer. »
Cette instabilité est également relevée par Marsha Holton (Erlanger Medical Center, Chattanooga, Tennessee), qui souligne que les questions d'argent, si elles sont presque toujours présentées comme cause du changement, n'en constituent souvent pas la motivation réelle.
« L'argent offre cette facilité d'être quantifiable », indique Emilie Yegikian, alors que ce qui fait souvent défaut ne l'est pas. Le problème est celui de la reconnaissance. « Nous ne demandons pas à être remerciées, mais simplement considérées », souligne Mireille Huchard. De son côté, Marsha Holton rappelle qu'un « bon leadership est un leadership qui écoute. »
Est-ce le cas ? Pour Emilie Yegikian, « les médecins commencent à entendre notre message, mais parce que de notre côté, nous commençons à le dire très fort. » Quant à l''administration, à l'occasion du rapport sur le stress au travail, remis en mars dernier au Ministère du même nom, elle commencera peut-être à prendre conscience que sans la motivation des personnels, les machines et les procédures les plus performantes pourraient rapidement le devenir beaucoup moins.
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